Chers collègues du Réseau LTT,

C’est avec une profonde tristesse que je vous communique que notre collègue et amie Teresa Lino nous a quittés dans la nuit de vendredi dernier.

Tous ceux qui ont eu le bonheur de la croiser au long de près de 40 années dans bien des lieux en Europe, en Afrique, en Amérique et aussi en Asie, savent au combien Teresa va nous manquer. Elle a fait école, laissant son empreinte dans de centaines d’universités, de centres de recherche, de réseaux (dont LTT est un exemple). Elle a dirigé des dizaines de thèses de doctorat (diriger pour Teresa voulait dire suivre de très près dès le début, vérifier chaque pas de la recherche et commenter chaque phrase du texte à soumettre ; tout ça, souvent, par téléphone et après 22h).

Teresa a introduit les études et la recherche en terminologie dans les programmes universitaires portugais ; elle a contribué à son épanouissement en France et au Brésil ; elle a aidé à créer des structures et a formé des professeurs et des chercheurs pour des universités d’Angola, du Mozambique, du Cap-Vert…

Teresa a travaillé et fait travailler sur un vaste répertoire de langues, observant la création néologique, réfléchissant sur les systèmes lexicaux et développant des terminologies monolingues et/ou multilingues. Le portugais et le français européens étaient toujours les langues de départ auxquelles se sont ajoutées les variantes américaines et africaines de ces langues, des dizaines de langues africaines (le wolof, les langues bantou d’Angola, les créoles du Cap-Vert et de Guinée Bissau, l’arabe – elle n’a pas pu terminer un dictionnaire bilingue portugais arabe – mais aussi l’amazighe) ou encore le chinois (elle a coordonné un dictionnaire bilingue portugais-chinois).

Avec un sourire franc et une disponibilité permanente, toujours cordiale, super sympathique, souvent visionnaire et d’une grande simplicité qui nous imposait responsabilité et rigueur, Teresa nous ouvrait tous les chemins et toutes les portes.

C’était une voyageuse infatigable entre Lisbonne, Paris, Luanda, São Paulo et, dernièrement, Rabat, parmi beaucoup d’autres destinations. Sa voix conciliatrice et ses opinions impartiales et fermes étaient très demandées un peu partout. Au Portugal, elle parcourait les universités sans cesse pour des jurys et des concours, toujours en voiture (dans le « rodinhas », la dénomination qu’elle avait attribuée à sa vieille voiture, qu’on insistait qu’il fallait changer !).

Professeur émérite depuis deux ans, elle maintenait ses activités de recherche et de membre de comités d’évaluations, même si elle passait un peu plus de temps à Tramagal pour s’occuper de ses vignes et de son vin, de son musée de poupées et, surtout de ses chiens.

En ce moment de douleur, et Teresa n’aimait pas les hommages, sachant que nous garderons sa mémoire, nos pensées et nos prières se nourrissent d’admiration, de reconnaissance et de gratitude.

Un seul mot semble tout dire : Merci, Teresa.

Manuel Célio Conceição,
Université d’Algarve, Faro.