Ce n’est que tardivement que j’ai appris le décès du professeur Philippe Thoiron (Lyon 2), qui a pris la succession du professeur André Clas à la tête du Réseau Lexicologie, terminologie, traduction. Jeune doctorant de Pierre Lerat à Paris 13, je l’ai rencontré pour la première fois aux Journées scientifiques LTT de Montréal (1993), qui précédèrent celles qu’il organisa à Lyon en 1995. Il incarnait à merveille ces directeurs de thèse, chevilles ouvrières du réseau, qui veillaient au passage du témoin et à l’avenir de leurs étudiants. Les jeunes doctorants de l’époque, élèves de Teresa Lino, d’André Clas, de Philippe Thoiron, de Salah Mejri et de bien d’autres (qu’elles et ils me pardonnent de ne pas tous et toutes les citer), se connaissaient grâce à LTT. Ce n’est pas un hasard si, les années passant, on les retrouva nombreux et fraternels dans le comité de réseau : Manuel Célio Conceiçao, Xavier Blanco, Marie-Claude Lhomme, Lina Sader Feghali, Mathieu Mangeot-Nagata…

Je ne connaissais guère Philippe en dehors des journées de LTT ou d’autres colloques. Pour les doctorants de ma génération, son centre de recherche, le CRTT, était un phare dans le paysage universitaire, qu’il s’agisse de terminologie, de traduction médicale ou de langue spécialisée. Le professeur Thoiron travaillait avec des collègues dont nous lisions les publications : Hubert Béjoint, Jacques Poitou, Jean Soubrier, François Maniez… Le CRTT est toujours resté l’un des piliers du réseau. Devenu CERLA, son centre lui rend un très bel hommage à l’adresse : https://cerla.univ-lyon2.fr/

Évoquer Philippe, c’est évoquer son épouse Glyn, elle aussi angliciste (et galloise !) et toujours à ses côtés. On disait tout simplement « les Thoiron ». Comment faisaient-ils pour nous identifier tous ? Mystère ! Mais quel bonheur de nous savoir reconnus et appréciés par ces dieux de l’Olympe qui s’intéressaient à nous, modestes thésard(e)s balbutiants… C’est ainsi que l’on se retrouve un jour, bien plus tard, dans leur appartement lyonnais, à se régaler de jésus et autres spécialités lyonnaises, avec des collègues de LTT cooptés pour intégrer le nouveau comité.

Adoubé, nolens plus que volens, troisième coordinateur du réseau, j’ai pu compter sur les très avisés conseils de Philippe pour maintenir le cap, en bonne intelligence avec de formidables collègues toujours disponibles. Son expérience de l’Agence universitaire de la Francophonie, sa sagesse, ses intuitions nous ont bien souvent aidés, surtout lorsqu’il s’est agi de refonder le réseau sous un statut différent pour continuer contre vents et marées.

L’AUF s’est longtemps demandé pourquoi LTT était le seul de ses réseaux scientifiques à fonctionner. Cela amusait Philippe Thoiron, qui – après André Clas – a si bien transmis la recette magique. Tous nous la connaissons.

Adieu, l’ami infatigable !

Marc Van Campenhoudt,
Ancien coordinateur et président du Réseau LTT